BUNA-MONOWITZ

Camp ouvert en octobre 1941

© Vincent Gerbet

Description du monument

Inauguré le 4 février 1993, l’ensemble repose sur un socle de granit.

Le sculpteur est Louis Mittelberg, (1919-2002) connu sous le nom de Tim comme dessinateur de presse. D’origine polonaise, il est fait prisonnier en 1940, avec 217 autres militaires. Il s’évade en 1941 en direction de l’URSS avant l’opération Barbarossa puis rejoint la Grande-Bretagne où il devient un « Français libre ».

 Le sculpteur a placé cinq figures longilignes, décharnées dont la maigreur est accentuée par la lumière qui passe au travers des personnages. Cette lumière qui passe entre les lanières de bronze évoque la tenue rayée des déportés.

Ces sculptures en bronze peuvent faire penser aux silhouettes filiformes de Giacometti, sculpteur et peintre suisse (1901-1966) .

Les silhouettes courbées et affaissées témoignent de leur fragilité et de leur souffrance.

Ces cinq déportés rentrent du travail en fin de journée. Un des détenus se tient très droit, la tête levée, l’air digne confiant dans l’avenir. Un autre, penché en avant, pousse une brouette contenant un sixième homme, un camarade mort rappelant la forte mortalité. Il fallait que tout le monde rentre du travail, vivant ou mort pour que les détenus soient comptés lors de l’appel du soir.

Sur le socle de pierre est inscrit : Buna-Monowitz-Auschwitz III et ses Kommandos

Sur une plaque de bronze, en contrebas du socle de pierre, on lit le texte suivant :

De 1941 à 1945, AUSCHWITZ III comptait 39 camps nazis, tous exploités par le trust allemand de la chimie IG-Farbenindustrie : Buna-Monowitz, Blechhammer, Gleiwitz I, II, III, IV, Rajko, Fürstengrube, Günthergrube, Jawischowitz, Jaworzno, Feudenstadt…

30 000 déportés dont 3 500 arrêtés en France, Juifs pour la plupart, y moururent de faim, de froid, sous les coups et d’épuisement, ou désignés par les SS lors des sélections, ils furent exterminés dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau.

N’OUBLIONS JAMAIS !

Le camp d’Auschwitz-Monowitz III

Après la création en Haute-Silésie, à l’Ouest de Cracovie, du camp d’Auschwitz, en mai 1940, puis celle du camp d’extermination de Birkenau (Auschwitz II) en octobre 1941, les nazis construisent un camp de travail forcé à quelques kilomètres à l’Est d’Auschwitz I près de la ville de Monowitz : Auschwitz III qui deviendra un camp autonome en novembre 1943.

L’Aussenlager-Auschwitz III, Monowitz est construit près d’une usine de caoutchouc et d’essence synthe´tique, la Buna-Werke du groupe IG-Farbenindustrie, qui englobe une quarantaine de filiales .

L’implantation de ces unités de production répond a un souci stratégique de mise a` l’abri des
bombardements et prend également en compte la desserte ferroviaire, la proximité du charbon, de sel et de chaux ainsi que la possibilité de disposer d’une main d’œuvre considérable puisée dans le camp de concentration d’Auschwitz.

C’est le 18 février 1941 que Hermann Göring signe le décret de la construction des usines Buna a Auschwitz.

Buna étant une marque déposée de la société IG-Farben correspondant à un caoutchouc synthétique, le nom du camp devient Buna-Monowitz.

L’accord de principe de fournir au consortium IG-Farbenindustrie 10 000 détenus pour la construction des
établissements industriels est donne par Himmler aux autorités locales, à l’occasion de sa première tournée d’inspection à Auschwitz, le 1er mars 1941.

Le 27 mars 1941, la Kommandantur d’Auschwitz s’engage à fournir pour 1942 entre 3 000 et 8 000 puis 30 000 les années suivantes. Le groupe IG Farben versera selon la qualification trois ou quatre Reichsmark par ouvrier.

Très vite, les nazis procèdent a l’expropriation des familles polonaises, mars et avril 1941 ; les logements sont aussitôt attribués aux familles des SS et aux ouvriers spécialistes allemands venus travailler à
la Buna-Werke,

Il s’agit d’un vaste complexe industriel. Les usines sont administrées à la fois par les nazis et par le groupe IG-Farben qui a investi 700 millions de marks.

D’autres entreprises s’y installent telles que Siemens et Krupp, Bayer.

À Monowitz on fabrique principalement du caoutchouc et des carburants synthétiques.

Les Historiens estiment que sur 30 000 détenus envoyés à Monowitz, environ 20 000 ont périt. : la majorité des Juifs, des Polonais, des Français (3 500), des Russes, des Allemands. Primo Levi, juif italien, rédigera un des livres les plus pertinents sur la déportation : Si c’est un homme.

C’est ici que l’on perçoit la collusion entre le régime nazi et les entreprises ayant exploité la main-d’œuvre concentrationnaire. Associée à d’autres entreprises chimiques, IG-Farben a participé à la fabrication du gaz Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz.

Des expériences médicales ont été également menées à Monowitz sur des détenus préalablement contaminés et sur lesquels des médicaments ont été testés.

Près de quarante kommandos dépendent de Monowitz dont Gleiwitz I, II, III, IV ; Rajko ; Blechhammer ; Furstengrube ; Gunthergrube ; Jawischowitz ; Jaworzno ; Feudenstadt…

Devant l’avancée des forces de l’Armée rouge, le 18 janvier 1945, les 10 à 12 000 détenus restant à Buna-Monowitz sont mis sur les routes dans des « marches de la mort » en direction de Gleiwitz au Nord-Ouest de Monowitz puis vers les camps de concentration à l’Ouest. .

Le 27 janvier, lorsque l’Armée rouge libère les 3 camps (Auschwitz I, II et III), il n’y a pratiquement plus de détenus.

Pour les survivants, la Libération aura lieu dans d’autres camps au printemps 1945.

Le procès IG Farben, la sixième procédure ultérieure de Nuremberg, a été jugé par le Tribunal militaire VI, qui avait été créé par le gouvernement militaire américain pour l’Allemagne le 8 août 1947.

Un acte d’accusation déposé le 3 mai a nommé 24 dignitaires nazis du conglomérat chimique allemand IG Farben ont été mis en accusation.

Le procès s’est déroulé du 27 août 1947 au 11 juin 1948. 13 accusés ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison. 10 accusés ont été intégralement acquittés de toutes les charges. Les peines prononcées s’étalrant de 1 an et demi à 8 ans de prison. Tous les dirigeants condamnés d’IG Farben étaient libres dès 1951, et plusieurs d’entre eux ont ensuite repris des postes clés dans l’industrie chimique allemande d’après-guerre. Ainsi Fritz ter Meer, reconnu coupable de crimes de guerre pour ses actes à Auschwitz, a été élu au conseil de surveillance de Bayer AG en 1956, poste qu’il a conservé jusqu’en 1964.

La date du 27 janvier est devenue « La journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité »

Sources

– https://memoiresdesdeportations.org/les-camps/pologne-auschwitz-iii-monowitz
https://fr.wikipedia.org>wiki>Monowitz-Buna
– Amis et passionnés du Père Lachaise (APPL) : https://www.appllachaise.net/monument-aux-victimes-de-buna-monowitz- auschwitz-iii/
– BERKOVER André, Matricule A165572, (en coopération avec F.Wehrbach), Société des Gens de Lettres, 2008
– BRAUN Sam, Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu, témoignage, entretien avec Stéphane Guinoiseau, éd. Albin Michel, Paris, 2007
– LEVI Primo Levi, Si c’est un homme (Se questo è un uomo), traduction de Martine Schruoffenegger, éd. Pocket, 1988
– LEVI Primo, Les Naufragés et les Rescapés, (I sommersi e i salvati), éd. Gallimard, Paris, 1989
– PALANT Charles : Je crois au matin», éd. Le Manuscrit/Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2009
– WIESEL Elie, La Nuit, témoignage, Paris, Les Éditions de Minuit, 1958

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